Situation humanitaire dans le département Moungo


Les Nations Unies et les ONG humanitaires ont  tirés la sonnette d’alarme sur la situation humanitaire critique observée dans les régions anglophones du Cameroun, touchées par un conflit armé de basse intensité entre indépendantistes et autorités gouvernementales. Il s’en est suivi  le premier plan d’assistance humanitaire initié par le gouvernement au côté des acteurs humanitaires  classiques   pour assister les victimes de cette crise et les réfugiés se trouvant dans les camps du Nigéria voisin. Mais avec la persistance des affrontements et l’absence de solution on enregistre au-delà de ces zones un important flux  des déplacés internes partant vers les régions limitrophes. L’aide humanitaire reste focalisée sur les régions de conflit alors que celles-ci se vident progressivement de ses populations prises entre les feux des indépendantistes et ceux de l’armée régulière. Ces populations affluent vers les régions limitrophes notamment l’ouest et le littoral et ont besoin d’assistance.

La région la plus touchée par ces populations est le Littoral, dans le département du Moungo. Géographiquement, ce département est le point de chute des populations venant de l’ouest, du Nord-ouest et du Sud-ouest. Zone charnière et la porte d’entrée en zone francophone et en direction de Douala et des autres grandes métropoles du pays. Administrativement coupée en Moungo Nord et Moungo Sud. La partie Moungo Sud est séparée du département du FAKO par la forêt, et sur  une large partie par le fleuve, est la plus touchée par la crise.

Les premières grandes migrations ont commencé en 2016 au début des hostilités ouvertes. Depuis le début de l’année 2018, particulièrement à partir du mois de juillet, on assiste à un exode massif vers les villages et les villes du département du Moungo Sud à savoir : SOUZA, MBANGA, MELONG, PENJA, LOUM, DIBOMBARI, BOMONO-GARE, PENDA MBONKO, BEKOKO.

Une deuxième estimation de la situation dans les communes de DIBOMBARI  et de BONALEA sera initiée à l’annonce des élections présidentielles d’octobre 2018 (BABENGA – BOADIBO – TILO – NKAPA – BOMONO BA MBENGUE)

Une première estimation est faite dans les villes de Mbanga, Souza, Melong et Kompina. Les estimations en date de juin 2018 (voir tableau ci-dessous)

Une seconde évaluation  dans les communes de Dibombari et de Bonaléa en Août 2018 a été interrompue. La situation est très versatile car les déplacés sont en perpétuel mouvement, à la recherche de la sécurité et de la stabilité économique. Cependant on remarque que ceux qui réussissent à avoir une terre à cultiver s’installent et font venir d’autres. En d’autres termes, les zones rurales tendent à se peupler plus vite que les zones périurbaines.

Les populations hôtes seraient en passe de devenir largement minoritaires. L’économie de la région est rurale et constituée de plantations d’hévéa et de palmeraies à huile qui s’étendent de part et d’autre des deux zones administratives. Les déplacés venant de la zone anglophone ont pris d’assaut les plantations et s’y cachent. D’autres ont construit des huttes en paille et y vivent avec femmes et enfants à la merci des intempéries. Les villes de Moukoye, Mondo et Malende sont limitrophes du Fako sur la façade maritime sur 4 kilomètres et les populations traversent à la nage. La barque Natchigal sur le fleuve Moungo à Penda Mbonko permet d’infiltrer facilement les villages isolés et les déplacements se font la nuit. Les villages de Mabenga et Bekoko, et Boadibo sont en alerte maximum car les autorités locales ont perdu tout contrôle sur la population. Et la psychose commence à s’installer, surtout en cette période postélectorale.

La ville de Muyouka, théâtre des opérations dans le Fako, mérite qu’on s’y attarde. Il existe deux villes de Muyouka Francophone dans le Moungo) et Muyuka anglophone dans le Sud-ouest. C’est un même peuple des deux côtés administratifs. Toute la population Muyuka a déserté les villages et en passant par la forêt, s’est retrouvée chez leurs cousins francophones avec leurs chefs, femmes et enfants.

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